Afghanistan : les talibans disent contrôler complètement la vallée du Panchir, dernière poche de résistance

Cette vallée, à 80 km au nord de Kaboul, était le dernier bastion antitaliban. Le Front national de résistance (FNR) promet que « la lutte contre les talibans continuera ».

Les talibans ont affirmé, lundi 6 septembre, avoir pris le contrôle de la vallée du Panchir, dernier gros foyer de résistance armée. Le Front national de résistance (FNR) assure de son côté retenir des « positions stratégiques » dans la vallée. Dimanche, les talibans s’étaient engagés, lors d’une rencontre avec le responsable des affaires humanitaires de l’Organisation des Nations unies (ONU), à garantir la sécurité des travailleurs humanitaires et l’accès de l’aide dans le pays.

  • Les talibans affirment avoir pris le contrôle complet du Panchir, la résistance appelle à un cessez-le-feu

Les talibans ont affirmé lundi avoir pris le contrôle « complet » de la vallée du Panchir, où s’était organisée la résistance à leur encontre depuis leur prise du pouvoir en Afghanistan à la mi-août. « Avec cette victoire, notre pays est désormais complètement sorti du marasme de la guerre », a déclaré dans un communiqué le principal porte-parole taliban, Zabihullah Mujahid.

De son côté, le Front national de résistance a promis lundi qu’il continuerait le combat contre les talibans dans la vallée du Panchir. Le FNR a affirmé sur son compte Twitter retenir des « positions stratégiques » dans la vallée. « La lutte contre les talibans et leurs partenaires continuera », a-t-il ajouté.

Dans la nuit de dimanche à lundi, la résistance dans ce bastion antitaliban avait appelé dans un communiqué à un cessez-le-feu. Le FNR, emmené par Ahmad Massoud, le fils du commandant Massoud, a affirmé avoir « proposé aux talibans de cesser leurs opérations militaires dans le Panchir… et de retirer leurs forces. En retour, nous demanderons à nos troupes de s’abstenir de toute action militaire ».

La vallée du Panchir, que le légendaire commandant Ahmed Chah Massoud a contribué à rendre célèbre à la fin des années 1990, avant d’être assassiné par Al-Qaida en 2001, est située à 80 km au nord de Kaboul. Elle abrite aujourd’hui le FNR, qui comprend des membres de milices locales ainsi que d’anciens membres des forces de sécurité afghanes qui sont arrivés dans la zone lorsque le reste de l’Afghanistan est tombé aux mains des talibans.

Les talibans avaient annoncé plus tôt dimanche qu’ils avaient atteint la capitale provinciale du Panchir et que la région était désormais sous contrôle des forces du régime. Ni Le Monde ni l’AFP n’étaient en mesure de confirmer de source indépendante l’avancée réelle des talibans.

Des médias afghans ont fait état, quant à eux, d’une réunion d’oulémas, théologiens musulmans, appelant les talibans à accepter un règlement négocié pour mettre fin aux combats dans le Panchir.

  • De nombreux déplacés, Washington évoque les prémices d’une guerre civile

Selon l’ONG italienne Emergency, présente dans la zone, les forces talibanes ont atteint vendredi soir Anabah, un village situé à environ 25 kilomètres à l’intérieur de la vallée, longue de 115 kilomètres. « De nombreuses personnes se sont enfuies des villages de la zone ces derniers jours », a ajouté l’ONG dans un communiqué, précisant avoir reçu « un petit nombre de blessés au centre chirurgical d’Anabah ».

Des propos qui tranchent avec ceux, plus sombres, tenus par l’ancien vice-président Amrullah Saleh, qui, du Panchir, a fait état d’une « crise humanitaire à grande échelle », avec des milliers de déplacés à la suite de « l’assaut taliban ».

Compte tenu de cette situation chaotique, le chef d’état-major des armées américaines, le général Mark Milley, a estimé que « les conditions d’une guerre civile » étaient « susceptibles d’être réunies » en Afghanistan. « Je pense qu’il y a au moins une très forte probabilité d’une guerre civile » qui pourrait conduire « à une reconstitution d’Al-Qaida ou à un renforcement d’ISIS [l’organisation Etat islamique] ou d’autres groupes terroristes », a-t-il souligné dans une interview accordée à la chaîne américaine Fox News, diffusée samedi.

  • Les talibans s’engagent à garantir la sécurité des humanitaires

Sur le plan humanitaire, même si la situation demeure critique, le ciel semble commencer à s’éclaircir. Les talibans se sont engagés dimanche à garantir la sécurité des travailleurs humanitaires et l’accès de l’aide en Afghanistan lors d’une rencontre avec le responsable des affaires humanitaires de l’ONU, Martin Griffiths, a annoncé un porte-parole des Nations unies.

Le Qatar a annoncé avoir acheminé samedi 15 tonnes d’aide humanitaire en provenance du monde entier et indiqué que les vols allaient se poursuivre « dans les jours qui viennent ». L’ONU, qui a mis en garde cette semaine contre une « catastrophe humanitaire imminente », tiendra pour sa part le 13 septembre une réunion entre Etats membres afin d’accroître l’aide humanitaire au pays.

Près de trois semaines après la prise de pouvoir des talibans, le ballet diplomatique a débuté. Le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, est parti dimanche pour le Qatar, pays au cœur du dialogue avec le nouveau pouvoir afghan, où il est attendu de lundi à mercredi. Le chef du renseignement militaire pakistanais, Faiz Hameed, a quant à lui été vu samedi à Kaboul, où il devait probablement rencontrer des hauts responsables talibans, avec qui Islamabad entretient des liens étroits.

Le Monde avec AFP

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