8-Mars : A la rencontre des ramasseuses de sable de Yagma

Le 8 mars de chaque année, le monde célèbre la Journée internationale de la femme. A cette occasion, nous avons décidé de braquer les projecteurs sur les activités de certaines femmes de la capitale burkinabè résidant dans les quartiers périphériques. Une de nos équipes est allée à la rencontre de quelques-unes de ces femmes. C’était dans le quartier Yagma, dans sa zone périphérique communément appelée « non-lotie », située à la sortie Nord, dans l’arrondissement N°9 de la ville de Ouagadougou. Elles parlent de leur activité et donnent leur compréhension du 8-Mars.

Salmata Ouédraogo et Andé Kaboré sont toutes les deux résidentes du quartier Yagma. Elles font partie de ces femmes qui raclent le sol pour se faire de l’argent. La première, Salmata Ouédraogo, la cinquantaine bien sonnée, ramasse du sable quotidiennement qu’elle vend à 2 500 F CFA le chargement du tricycle.

Selon elle, « de nos jours, les hommes et les femmes s’équivalent mais les femmes n’ont pas les moyens (…) ». Mère de neuf enfants, Salmata Ouédraogo dit exercer cette activité depuis environ une dizaine d’années pour subvenir à ses besoins. « Etant donné que nous voulons manger, on n’a pas d’autre choix que de collecter le sable et le gravillon. Je ramasse le sable parce que je n’ai pas une autre activité », confie-t-elle. Cultivant le champ familial pendant l’hivernage, elle retourne à son activité après la saison des pluies.

La besogne n’est pas récompensée tous les jours. En effet, il faut passer toute la journée à balayer et souvent le stock ne fait pas le plein du chargement. Exposée à la poussière et au soleil, cette dame n’utilise aucun moyen de protection. Conséquence, « nos cordes vocales sont obstruées lorsque nous sommes enrhumées », dit-elle.

A l’orée de la célébration de la Journée internationale de la femme, Salmata Ouédraogo donne son appréciation : « Nous qui sommes pauvres, qu’est-ce qu’on pourrait bien penser du 8-Mars ? (…) Confectionner des tenues et les porter à l’occasion, c’est du folklore. Nous devons nous retrouver pour (…) prendre des initiatives de développement. »

Dame Salmata est convaincue que les femmes peuvent s’en sortir si elles sont soutenues. « Les femmes ont besoin de soutien et d’aide. Si elles reçoivent du soutien, elles pourraient s’en sortir », dit-elle, avant de conclure : « Nous prions pour qu’il y ait toujours la paix dans nos contrées. Sans cela, nous ne pourrons plus venir ramasser du sable. »

Andé kaboré tamise pour recueillir le gravillon

« C’est Dieu qui nous protège »
A la suite de Salmata Ouédraogo, nous avons rencontré Andé Kaboré. Jeune mère de deux enfants, elle creuse la terre qu’elle tamise pour obtenir du gravillon. Cela, depuis deux ans. Le chargement du tricycle est vendu à 2 000 F CFA. Une somme qui lui permet de contribuer aux dépenses de son ménage. Comme presque toutes les autres femmes qui travaillent sur le site, Andé Kaboré n’utilise pas de moyen de protection. « C’est Dieu qui nous protège dans ce travail. Nous nous inquiétons surtout pour nos enfants qui nous suivent ici, compte tenu de la poussière », confie-t-elle.

Pour obtenir régulièrement du gravillon, cette travailleuse creuse sur différents sites. A l’en croire, les forces de l’ordre débarquent souvent et détruisent les grillages qu’elles utilisent comme tamis. Il arrive aussi que la police retire les tricycles des conducteurs qui viennent acheter leurs stocks de gravillon. Les femmes qui travaillent ici n’ignorent pas que leur activité est interdite. « Nous comprenons ce qu’ils disent mais on n’a pas d’autre choix », a-t-elle soupiré.

Andé Kaboré compte célébrer le 8-Mars. Il s’agira pour elle de se retrouver avec ses camarades pour des réjouissances. A l’occasion, elles parleront de leurs difficultés et échangeront des idées.

Toutefois, elle propose qu’à l’occasion de la Journée de la femme, les premières concernées exposent leurs visions et leurs projets pour, en retour, recevoir le soutien des dirigeants pour la mise en œuvre.

Mariam Ouédraogo (Stagiaire)
Lefaso.net

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