27 e Fespaco : Le « national » s’invite à la fête panafricaine

Les amoureux des salles obscures pourront bientôt se retrouver pour prendre plein les yeux des images africaines. Annulé pour cause de coronavirus, le Fespaco se tiendra du 16 au 23 octobre 2021, sous le thème « cinémas d’Afrique et de la diaspora : nouveaux regards, nouveaux défis ». Le festival du cinéma africain qui se tenait généralement au mois de février est un adulte plus que cinquantenaire qui peine à se construire un domicile.

Les jeunes organisateurs du festival connaissent-ils vraiment l’histoire de ce festival, né de la volonté d’amoureux du cinéma, que le pouvoir politique a adoubé ? Si les différents régimes politiques ont toujours voulu en faire une vitrine politique, ce festival vit de la ferveur populaire et de l’engagement des cinéastes africains. Cette nouvelle section Burkina est-elle vraiment utile à ce festival ?

De quoi est-il le nom ? Pourquoi après tant d’années ressent-on le besoin de faire une section à part, de créer un entre soi burkinabè, alors que nous appelons les cinéastes d’Afrique et de la diaspora à venir chez-nous, avec nous, pour faire la fête du cinéma africain ?

En 1969, quatre personnes, François Bassolet, Claude Prieux, Louis Thombiano, et Alimata Salembére vont lancer la première semaine du cinéma africain de Ouagadougou qui va donner naissance au Fespaco, grâce à l’engouement du public et l’engagement des autorités politiques d’alors, le gouvernement du président Sengoulé Lamizana, qui va nationaliser les salles de cinéma du pays parce que les propriétaires ne voulaient pas projeter les films africains.

C’était une révolution, faite par des gens qui ne battaient pas le tam-tam de l’anti-impérialisme, ni ne jouaient de la flute du socialisme. Sans tambour, ni trompète, l’État voltaïque s’engage à financer le Fespaco en comptant sur ses propres forces et le public ouagalais ne boude pas son plaisir de voir sur des écrans des personnages et des histoires proches de lui et de son vécu.

Les cinéastes africains sont heureux de voir leurs films vus par des africains, eux qui n’avaient pas d’écrans pour leurs créations. La première génération de ces cinéastes avec à leur tête Sembène Ousmane a défendu le Fespaco pour que cette expérience vive et perdure. Sembène Ousmane toute sa vie durant a fait du Fespaco son affaire, qu’il ait ou pas un film à présenter, il venait au Fespaco, et ses films ne participaient pas à la compétition. L’ancien docker, devenu auteur et réalisateur venait à Ouagadougou pour prêcher à la jeune génération l’amour de l’Afrique, de son unité et de sa culture. Serait-il enchanté de cette section Burkina au Fespaco ?

Burkina versus Afrique

Le Fespaco, comme son nom l’indique est un festival panafricain. Ce n’est pas le festival du cinéma burkinabè. Depuis le sacre de Gaston Kaboré en 1997 soit depuis 24 ans le Burkina Faso, n’a pas émerveillé les membres du jury du grand prix du Fespaco par un film de qualité.

Ce constat peut susciter chez certains une volonté de voir les films burkinabè s’affronter dans une sorte de division d’honneur. La création de cette section réservée aux locaux n’est pas gratifiante pour ces films et leurs réalisateurs. Ne se confrontant pas à leurs pairs africains, ils triomphent sans gloire au Fespaco, qui est la compétition cinématographique continentale.

Pourquoi ne pas créer un volet cinéma, à la Semaine nationale de la culture, qui n’est pas ouverte à la participation d’autres pays pour les films de cette section ? Le hic c’est que le ministère de la Culture a fait de cette semaine, celle du folklore, et le cinéma n’y figure pas.

Si on ne veut pas que le 7e art se retrouve avec les danseurs de liwaga, pourquoi ne pas faire un autre festival de cinéma, purement national cette fois-ci ? Si le président du Faso a un prix pour le cinéma national, pourquoi ne pas l’offrir ailleurs et ne pas brouiller le message originel du Fespaco ? Les fondateurs ont lancé la première semaine sans un film burkinabè, cette générosité du cœur a payé et a fait de notre pays, la capitale du cinéma africain.

Sana Guy
Lefaso.net

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